L'accident a eu lieu vendredi vers 15 heures dans les Alpes italiennes, non loin du Mont-Blanc, au-dessus du glacier du Ruitor, à environ 2 500 mètres d'altitude, dans le vallon de La Thuile. Cette collision dramatique s'est produite dans un espace aérien non contrôlé. En effet, tout le territoire n'est pas couvert par des radars, surtout lorsque les avions volent assez bas (toutefois, à plus de 500 pieds ou à 150 mètres de hauteur au minimum), ce qui était le cas au-dessus du glacier du Ruitor. Aucun radar italien, français ou suisse ne peut y capter et suivre l'écho d'un avion. De plus, les ondes radio ne se propagent pas dans ce relief accidenté et ne peuvent relayer les informations et autorisations des contrôleurs aériens aux pilotes. Tous les aéronefs volent tous selon les règles du vol à vue, à savoir « voir et éviter ». La priorité étant à droite, l'aéronef non prioritaire s'écarte pour éviter la collision. Et celui qui est plus haut doit laisser passer celui qui est plus bas. Vols circulaires Dans ce contexte, un plan de vol aurait-il été utile ? La justice italienne a immédiatement pointé du doigt cette irrégularité purement administrative après la collision de vendredi et a placé en garde à vue l'instructeur français survivant, parti de Megève. Pour survoler un territoire étranger, même sans y atterrir, un pilote doit déposer un plan de vol. Une fois envoyé par téléphone, mail ou fax, que devient ce message ? Aucun organisme de la circulation aérienne dans cette zone franco-italo-suisse n'est réellement désigné pour répondre ensuite à un appel radio. Aucune fréquence n'est dédiée à cette fonction. Dans la plupart des cas, quand le plan de vol est réellement activé, l'avion a déjà terminé son vol… Aussi, depuis près d'un demi-siècle, les pilotes des trois pays concernés ont pris l'habitude de ne pas déposer de plan de vol pour des vols circulaires au-dessus des massifs avec retour au point de départ sans escale, si ce n'est éventuellement quelques minutes sur un glacier d'un territoire étranger. Les trois administrations de l'aviation civile, parfaitement conscientes de la situation, ferment les yeux, sachant que le plan de vol n'apporterait rien à la sécurité des vols dans les Alpes. Sans être inexistantes, les collisions sont très rares et les incidents de vol, peu nombreux. Pas de boîte noire En revanche, les pilotes qui volent dans ces zones pratiquent réglementairement l'auto-information, ce qui consiste à annoncer sur la fréquence montagne 130,0 MHz sa position et ses intentions. Ainsi, en arrivant au-dessus d'un glacier, un pilote déclare à la radio d'abord « reconnaissance » puis les différentes étapes de son circuit avant l'atterrissage. Les appareils qui se trouvent dans la zone sont donc informés et peuvent dialoguer en cas de trajectoire conflictuelle. Mais, faute d'enregistreur de vol sur l'avion comme sur l'hélicoptère, les enquêteurs ne pourront probablement pas réécouter les conversations, à moins qu'un radio-amateur du Val d'Aoste ne les ait captées. L'hélicoptère italien, exploité par la société GMH, était basé à Courmayeur, dans le Val d'Aoste. Une des spécialités de cette compagnie est l'héliski. Cette pratique de dépose de skieurs en haute montagne est autorisée en Italie, mais interdite en France. Aussi, pour rester dans la légalité, l'embarquement des skieurs peut avoir lieu en contrebas du col du Petit Saint-Bernard, depuis une hélisurface sur le versant italien. Après quelques minutes de vol, la dépose intervient sur la tête du Ruitor, en Italie, à plus de 3 400 mètres. La descente hors piste jusqu'à Sainte-Foy-de-Tarentaise, en France, demande de faire appel à un guide de haute montagne. Puce GPS La reconstitution des trajectoires des deux aéronefs ne sera pas possible, faute de boîte noire, non obligatoire sur des appareils légers. Aucun radar de navigation aérienne ne couvre la montagne au ras des massifs. Toutefois, il n'est pas exclu que les enquêteurs trouvent des informations dans les smartphones des passagers de l'hélicoptère et de l'avion. Si la puce GPS est active, les positions sont enregistrées, et peut-être même déjà stockées automatiquement sur Google. Reste à récupérer ces téléphones. Aujourd'hui, il neige sur le Val d'Aoste. Il est probable que les sauveteurs et les enquêteurs n'auront pas accès au site de l'accident pendant plusieurs jours. Source : urlz.fr/8KVX